Avril 2025. Je quitte mon poste chez OpenClassrooms, après plusieurs années intenses.

Près de dix ans de gestion de projet derrière moi, dont cinq passées à améliorer, optimiser, structurer les opérations d'une entreprise en croissance. Je sais cadrer, prioriser, arbitrer : c'est même ce que je vends.

J'ai une boîte à idées qui s'allonge depuis des années et qui prend la poussière, faute de temps, de méthode ou de motivation, au choix. Ceux qui me connaissent savent que je descends rarement en dessous de trois idées en cours (toutes ne sont pas bonnes, loin de là).

Bref, avril 2025, je me fixe un challenge : exploiter cette boîte à idées en sortant un produit par trimestre, en parallèle des missions clients.

C'était il y a un peu moins de dix-huit mois, il est temps de faire le bilan — honnête — de ce défi, y compris des mois qu'il m'a fallu pour appliquer à mes propres projets ce que j'applique chez mes clients (et que je cesse d’être le “cordonnier le plus mal chaussé”).

Avril - Septembre 2025 : Je fonce !

Je dépoussière Excelsi'Ops, mon blog dédié à l'efficience opérationnelle, et L'Atelier du détectoriste, e-commerce de niche, deux projets lancés bien plus tôt un peu sur un coup de tête puis... quelque peu oubliés.

Je prends le temps de cadrer "vite fait" mes prestations, via WEBag Solutions (développement web et mobile) et AG - Stratégie & Optimisation (conseil en optimisation des opérations), et déploie les sites vitrines associés.

Et je me lance dans le développement de mon premier produit, FoodSpotter. En même temps, je réfléchis à d'autres idées – un peu trop.

Et les problèmes commencent...

Pleine d'enthousiasme, j'en ai clairement oublié toutes les règles élémentaires en gestion de produit, de business, et même de bon sens.
Ces mêmes règles que je m'évertue pourtant à appliquer et à transmettre en mission. Et typiquement le genre d’écart qu’on repère en quelques minutes chez un client… mais pas chez soi.

Septembre 2025 : Stop ! Retour aux fondamentaux

Rien ne va : FoodSpotter commence à dériver totalement, mes sites vitrines (enfin, soyons honnêtes, mes simples landing pages) ne convertissent pas, L'Atelier du détectoriste et Excelsi'Ops sont à nouveau au point mort. Je commence à décrocher sérieusement.

Il est grand temps de faire une pause, de prendre du recul et de mettre en place une vraie méthode, et une organisation robuste.

Règle n°1 : On ne travaille pas sur une idée quand elle survient !

C'est du bon sens, et c'est essentiel. À chaud, une idée semble rarement mauvaise.

J'ai donc ajouté, à ma liste d'idées, des critères d'évaluation et de priorisation, qui reposent sur 4 piliers :

  • La faisabilité et l'effet de levier
  • La clarté du marché et la concurrence
  • Le potentiel business et la viabilité
  • L'alignement et la vélocité

Ces quatre piliers sont évalués au regard de plusieurs critères, scorés et pondérés, et c'est ce qui détermine si un projet sera lancé ou non.

Règle n°2 : On n’évalue pas non plus une idée quand elle survient !

La grille d'évaluation est prête. Bien.

Mais l'autre piège est de vouloir évaluer l'idée de suite. J'ai donc fixé un créneau mensuel dédié. Je prends le temps de relire et d'évaluer chacune des idées, de les comparer entre elles.

Et certaines ne passent pas ce stade, et je ne le regrette pas (vous savez, le fameux “Mais à quoi je pensais quand j’ai imaginé ça ?”).

Règle n°3 : Jamais plus d'un projet dans la même phase

Pour cette règle, j'avoue que je l'enfreins parfois… Mais toujours après une évaluation de l’impact.
L’idée ici, c’est qu’à partir du moment où une idée est “approuvée”, elle passe par plusieurs phases, du cadrage au lancement, et que deux projets (ou plus) n’entrent pas en “conflit”.

Plusieurs projets peuvent donc avancer simultanément, mais dans des phases différentes : si l’un est en cours de développement, l’autre sera en phase de cadrage, par exemple. Et aucun ne passe à l’étape suivante si celle-ci n’est pas “libre” (un simple Kanban suffit).

Règle n°4 : Le planning prévoit des créneaux dédiés

Parce que ce qui n’est pas planifié finit souvent en “je le ferai quand j’aurai le temps”.

Ici, je ne fixe pas un nombre d’heures prédéterminé : les missions clients sont prioritaires, donc le planning doit être flexible. Je fixe plutôt un pourcentage de mon temps “disponible” pour chacune des phases : mieux vaut avancer plus lentement que d’abandonner totalement un projet (à priori lorsque celui-ci est déjà lancé).

Et chaque semaine, je fais le point (et j’organise ma semaine suivante comme une partie de Tetris !).

Règle n°5 : Les critères d’arrêt

Parce qu’il faut aussi savoir reconnaître quand on s’est trompé, et stopper un projet lorsque celui-ci n’était peut-être pas aussi prometteur que ce que l’évaluation initiale semblait le dire.

Alors c’est certain, c’est toujours un peu compliqué d’arrêter totalement un projet dans lequel on a investi des mois de travail : on se dit qu’avec quelques ajustements, ça peut fonctionner… et on continue d’investir, encore et encore, au détriment du reste.

Ce que j’ai mis en place : comme pour la décision de lancement, la décision de poursuivre ou non repose sur un certain nombre de critères prédéterminés, scorés et pondérés, qui seront évalués six mois après le lancement.

Ces critères :

  • La traction et l’usage
  • La performance financière
  • La faisabilité et la difficulté tech
  • L’alignement et la clarté
  • Et surtout, trois critères très binaires : le coût d’opportunité, le marché condamné, et le dernier, sur lequel on se voile souvent la face, l’épuisement.

Ce sont des critères précis, et ce sont les mêmes pour tous les projets, la décision relève d’une formule, non plus d’une appréciation.

Et “la sentence est irrévocable” : si l’évaluation fait ressortir un “stop”, le projet s’arrête, avec les leçons à en tirer pour les prochains.

Règle n°6 : Un MVP doit rester un MVP !

Pour FoodSpotter, l’une des plus grosses erreurs a été de me lancer sur un MVP, et d’enchaîner les “ce serait bien d’ajouter ci” et les “ce serait mieux comme ça”. Bilan : un projet qui grossit, encore et encore, qui prend quasiment tout le “temps disponible” et dont la date de lancement est sans cesse repoussée.

C’est frustrant, et la frustration engendre souvent la démotivation (et celle-ci impacte rarement uniquement le projet en cause).

Vouloir le produit “parfait” dès le lancement est une quasi utopie : il le sera peut-être pour soi-même (et encore que… je suis une perfectionniste, donc tout est toujours améliorable). Ce qui le rend “parfait”, c’est quand il rencontre son marché, et qu’il répond réellement aux besoins de ses utilisateurs. Sauf que tant qu’on ne le lance pas, on n’a aucun moyen d’avoir des feedback.

En cherchant à améliorer encore et encore FoodSpotter avant le lancement, je me suis privée de ces boosts de motivation qu’on ressent lorsqu’on livre quelque chose. Je me suis enfermée dans un projet qui gagnait en complexité, sans fin.

Règle n°7 : Prendre du temps pour en gagner

Cela peut paraître contradictoire, pourtant, j’ai planifié dans mon planning-Tetris un créneau dédié à l’amélioration de mes propres process. Chaque semaine, je fais le point sur les tâches sur lesquelles je n’apporte pas vraiment de valeur ajoutée, qui me prend du temps et / ou de l’énergie, et je fais le nécessaire pour qu’elles ne soient plus des “irritants”.
Je prends également le temps d’identifier et de packager ce qui est réutilisable (ou utilisé dans plusieurs projets) : je gagne ainsi sur la maintenance et le développement.

Règle n°8 : Les règles, c’est bien…

… Mais il faut parfois être tolérant envers soi-même.

Il est l’heure du créneau “développement” et je n’ai vraiment pas la tête à ça ? Soit ! Je préfère être productive sur une autre tâche que de passer deux heures à fixer mon écran. L’important est que ce choix soit fait en pleine conscience.

Et l’IA dans tout ça ?

Certains me diront qu’avec l’IA, j’aurais pu mettre 18 jours au lieu de 18 mois pour sortir tout cela.
Peut-être.

Sauf que… D’une part, même si les modèles ont très largement (et positivement) évolué, ce qu’ils produisent n’est pas à déployer les yeux fermés. D’autre part, je me serais privée de ce que j’aime faire : réfléchir à un problème et concevoir la solution.

Alors oui, j’utilise l’IA au quotidien pour gagner du temps, pour challenger mes idées ou identifier des points auxquels je n’avais pas pensé, mais pas pour produire à la chaîne des produits ou articles.

Il en va de même dans les projets : oui, l’IA est “à la mode”. Oui, c’est “innovant”. Mais quel intérêt de vouloir en mettre absolument partout ? Si un algorithme bien conçu peut faire le travail, pourquoi vouloir absolument le remplacer par de l’IA ?

L'IA est un outil, pas une stratégie.

Bref, je m’éloigne du sujet… Revenons au challenge, et à sa progression.

Septembre 2025 (toujours), après la réflexion, l’action (presque) !

Toutes ces règles posées, c’est bien. Sans structure pour les cadrer et les appliquer, elles ne restent que de belles phrases posées quelque part.

Avant de me replonger dans mes projets, j’ai donc pris le temps de structurer ce cadre (ou tout au moins, sa base) : la simple liste d’idées ? Une table Notion complète, avec les critères, les formules. Les projets ? La même structure, la même rigueur, le même suivi que les projets clients.

Et ensuite ? C’est reparti !

Mais plus n’importe comment. Plus sur des coups de coeur ou coups de tête, ni sur des “je viens d’avoir une super bonne idée !”.

Ce que ça a donné.

1er trimestre 2026 : Premiers produits Actio

Actio (désormais Praxea) regroupe des ressources opérationnelles conçues pour aider les indépendants et les petites structures à passer à l'action, sans accompagnement ni complexité inutile.
La bibliothèque continue de s’élargir, avec aujourd’hui (septembre 2026), 13 produits publiés (guides, kits, modèles, etc.).

2ème trimestre : Navicost et Le Coach Transport

Navicost, lancé en mai 2026, est le premier micro SaaS de la série. Il s’agit, dans les grandes lignes, d’un calculateur de rentabilité par trajet conçu pour les TPE et PME du transport routier de marchandises.

Le Coach Transport est une application d’aide à la préparation de l’examen de l’attestation de capacité transport routier de marchandises de plus de 3,5 tonnes : révisions, examens blancs, études de cas et suivi de progression. Elle est disponible sur l’App Store depuis mai, et le Play Store depuis août.

3ème trimestre : Flottup et quelques améliorations

Cet été a d’abord été l’occasion de faire le point sur les projets existants (dont la liste commençait à grandir !), et d’apporter quelques améliorations nécessaires, notamment sur les sites vitrines de mes prestations (qui n’étaient encore que de simples landing pages…). J’en ai aussi profité pour reprendre ce portfolio… dont la refonte dormait depuis près de 10 ans !

Actio a également été renommé Praxea, et son propre site a été créé afin d’accueillir les nouveautés prévues en 2027.

Enfin, Routea, qui est la “marque” sous laquelle seront regroupés tous les outils / projets liés au domaine du transport : Navicost d’abord, Flottup, copilote de conformité réglementaire pour les TPE et PME du transport routier de marchandises, dont la sortie est prévue dans quelques jours, et les suivants.

4ème trimestre, à venir : FoodSpotter, enfin !

Non, le projet n’a pas été abandonné, ni oublié : il me fallait d’abord prendre un peu de recul sur ce projet. Et ensuite, il est simplement passé par le flow complet, comme tous les autres projets, pour déterminer sa priorité.

Le travail a repris, réellement cadré cette fois-ci, et sa sortie est désormais prévue en octobre.

En parallèle, la version B2B du Coach Transport est en phase pilote avant son lancement officiel – très probablement en novembre ou décembre, en fonction des retours du centre testeur.
PilotMind, lui, est sorti de cadrage : le développement démarrera une fois FoodSpotter lancé. La place ainsi libérée va au cadrage de la V2 du Coach Transport.

Le bilan

Parce qu’un challenge n’en est réellement un que s’il a une fin.
Il est temps de faire le point sur ce qui a été réalisé et de répondre à “Est-ce que je l’ai réussi ?”.

Si on s’en tient strictement à la date à laquelle je me suis lancé ce challenge : non, je me dois d’être honnête, l’objectif n’a pas été atteint.

Mais sur le rythme réel, une fois la méthode en place, oui : avec Flottup qui sort dans quelques jours, le compte est bon. Quatre produits ont été lancés en un an, en parallèle des missions clients.

Ce que j’en retiens, c’est ce qui a été réalisé : une méthode robuste, qui tient dans le temps, des idées “pas si bonnes que ça” non lancées, des projets qui tournent et sont régulièrement alimentés, et des utilisateurs qui lisent, s’inscrivent et achètent.

Certains d’entre eux ne survivront peut-être pas à l’échéance des six mois. Ce n’est pas grave : j’aurais essayé, j’aurais appris.
Beaucoup de choses restent encore à améliorer, et c’est normal.

Est-ce que je suis finalement arrivée au bout de ma liste d’idées ? Clairement pas : elle s'est allongée plus vite que je ne l'ai vidée. C'est plutôt bon signe.

En revanche, le challenge est terminé. Je ne garde pas le rythme imposé : il avait une fonction, me forcer à livrer, et cette fonction est remplie.
Ce qui reste : la méthode, qui existait bien avant ce challenge — encore fallait-il que je me l'applique, et une liste d’idées enfin exploitée !